L’OBELISQUE* Je suis le célèbre obélisque De la place Not’-Dame. Il faut, Monsieur, que j’vous explique Les tristesses de mon âme. Figurez-vous que voilà d’ça deux ans, Par esprit d’avarice On a décidé que mon monument, D’un poteau f’rait l’office. Supporter un’ lamp’ électrique Pour moi quelle déchéance C’est insulter à l’art antique C’est de l’incohérence. Et puis voyez-vous c’est ça qui me blesse D’entendre sur la place Les gens qui disent qu’on me tient en laisse De la maison d’en face. Ne pouvant plus supporter ça Les tortues qui me soutiennent Viennent de former un syndicat D’action prolétarienne. Ca va barder, Monsieur le Commissaire, Si on me laisse mon câble Car mes p’tites tortues pourraient un jour faire La grève générale. Les militaires annéciens, in L’eau dans la ville : puits et fontaines, Ed. ville d’Annecy, 2003. * Chant extrait d’une revue musicale donnée au théâtre par les militaires annéciens au profit du Foyer du soldat en 1907.
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