Sur le lac d'Annecy - Poème de Clément Gardet


             SUR LE LAC D'ANNECY

 

Mon lac n’est pas celui que chanta le poète

Et sur qui flotte encor son immortel sanglot.

Il n’a pas reflété sa mince silhouette

Qui venait errer sur les flots.


De plus humbles amants ont vu ses eaux dormantes

Et parmi les parfums rustiques et les fleurs

Ont dit l’éternel mot que les lèvres aimantes

            Se murmurent avec des pleurs.


Leur complice secrète était la nuit sereine

Qui posait sur leur front sa caresse ; et souvent

Elle entendait leur voix mêler leur cantilène

            Aux douces complaintes du vent.


Ils ont dit, comme toi, tu fis avec Elvire,

L’éternelle chanson des éternels serments.

Et comme vous ils ont épanché leurs délires

            En d’infinis embrassements.


Sur eux comme sur vous la nuit posait ses voiles.

Et, suivant leur sourire aux doux frissons des eaux,

Pour eux comme pour vous scintillaient les étoiles

            Tandis que chantaient les roseaux.


Comme pour nous hélas, le temps inéluctable

A coulé sans souci des malheureux amants,

Semant derrière lui les deuils inévitables

            Et les cruels déchirements…


Pourquoi sur notre lac, n’est-il plus une trace

De ces amours passés qui vécurent sur lui,

Lorsque sur l’autre lac le souvenir vivace

            Demeure quand tombe la nuit.


Tes amours étaient-ils plus grands, ô Lamartine ?

Car il me semble voir ton ombre dans l’azur

Quand sur ton lac parmi les senteurs d’églantine

            Le soir descend tranquille et pur.


Je ne sais… Mais ta voix qui domine les nôtres

A clamé ton amour à tous éperdument.

Et tandis qu’en l’oubli s’engloutissent les autres

            Le tien reste éternellement.

 

Clément Gardet, in Guirlande à la Savoie, Ed. Revue moderne des arts et de la vie, 1932.

 

Commentaires (1)

1. Sophie 28/01/2008

Superbe, je reviendrai me plonger dans les vers d'Annecy

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