Le Roc qui brize le Tonerre - Ode de Nicolas de Hauteville

A tes pieds, heureux Annessy !

Couche un lac, dont le doux murmure

Flattoit autrefois le soucy

Que m’a donné cette peinture,

Pendant que deux cœurs à Tres-Un

De deux hommes n’en faisoient qu’un :

Dans ton séjour, illustre terre !

Paroit inaccessible à l’œil

Et s’élève jusqu’au soleil

Le Roc qui brize le Tonnerre…

 

Tournette endure que mes yeux

Percent à travers de la nüe,

Ou que tes Mons impérieux

Abaissent leur tête chenüe,

Pour voir les vens les plus divers

Te faire le jeu des Hyvers ;

Dans ce jeu la plus rude guerre

N’a jamais vû les aquilons

Précipiter dans les valons

Le Roc qui brize le Tonnerre.

 

         Le feu qui te veut dévorer,

Dans les tumultes de l’automne,

N’embraze que pour préparer

Les matières de ta couronne ;

Ta tête brillante d’éclairs

Commande l’empire des airs ;

A tes pieds un riche parterre

De fleurs, de vignes et de fruits,

Couvre d’un verdoyant tapis

Le Roc qui brize le Tonnerre.

 

         La nuit, la nege et les frimats

Quittent tes foudroyantes Cimes ;

Les monts-d’eau se jettent à bas

Pour se perdre dans les abymes ;

Les hyvers, tout épouvantez,

Se retirent de tous côtez,

Ton juste dépit les reserre

Et force les tristes glaçons

D’étaler, aux douces saisons,

Le Roc qui brize le Tonnerre.

 

Sieur Nicolas De Hauteville, philosophe, docteur en Théologie et chanoine d’Annecy. In Vie de Saint-François de Sales, 1657.

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