Le lac des signes - Poème de Roger Lecomte


LE LAC DES SIGNES

Premiers cygnes d'hiver,
Derniers signes d'automne...
Dans la baie d'Albigny
L'aurore s'éternise –
Eau glauque à l'infini sous le ciel aquarelle,
Ombres floues du Semnoz,
Des maisons alentour,
Des roseaux et des rives.

Sur le lac en sommeil
Les cygnes silencieux ont l'air de se morfondre
Et le fard de leurs yeux
Paraît soudain moins noir.
L'univers se replie
Comme une aile frileuse.
Les souvenirs s'enlisent
Dans la vase du temps.

Avant que de partir, rien n'aura été dit :
La vie qui fut légère,
Les étés transparents,
Tout semble être envolé.
Mécomptes, faux-semblants,
Rien n'est plus ressemblant

Même Tchaïkovsky et ses valses de neige...
Ne reste que les cygnes.

Adieu les cris d'enfants !
Les estivants s'esquivent.
Amarrées pour longtemps, les barques se déhanchent
Au gré du clapotis, en équilibre instable
Comme souvent nos vies.
Entre les tours carrées du château-forteresse
Se dessinent des signes
Annonciateurs d'orage.

Le vent ravive un peu
La triste odeur des feuilles

Qui jonchent les allées
Du grand parc engourdi.
Ne reste que les cygnes,
Flottille désœuvrée de blancs reflets qui tremblent,
Derniers cygnes d'automne,
Premiers signes d'hiver...

2010-2011

Roger Lecomte, in Les Citadelles, revue de poésie, n°16, année 2011.


Commentaires (1)

1. GUERRAZ 22/09/2011

Très beau poème mélancolique et nostalgique ; rien n'est plus vrai. Il fallait trouver les mots...voilà qui est fait.
Merci à l'auteur et à Guillaume pour l'avoir publié

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