Annecy aux marins russes - Poème d'Ephise Simond

ANNECY AUX MARINS RUSSES

A l’occasion de leur visite en France*

 

 

Chantons, républicains, Vive Alexandre trois !

Allié de la France, empereur magnanime,

Père de ses sujets, réformateur des lois,

Son règne est pour l’histoire une page sublime ;

Le sceptre est plus léger qu’un roseau dans sa main :

Protecteur de la paix, calme dans la puissance,

Le Czar a tempéré l’audace du Germain,

Et ses vaisseaux de fer ont cinglé vers la France.

 

Débarquez, nautoniers, hérauts d’un peuple ami,

Entraînés par l’aimant vers la terre française !

Dans le lac d’Annecy les ondes ont frémi

Aux fluctuants remous de la mer Toulonnaise ;

Cimes, plaines, vallons, par un superbe accord,

Frissonnent au courant de la commune joie.

O jeune République ! O colosse du Nord !

Votre baiser de paix réjouit la Savoie.

 

Russes ! Le pavillon qui flotte sur vos mâts

Pavoise de ses plis nos montagnes en fête.

Comme vous, nous bravons la rigueur des climats,

Aussi fiers que les monts, plus forts que la tempête :

Les Alpes et le pôle ont trempé nos vigueurs,

Chaleureux aux rayons des glaces éternelles,

Nos voix ont répété de vibrantes clameurs,

Et nous tendons les mains à des mains fraternelles.

 

Enthousiasme, vivats, fleurs, fanfares, drapeaux !

La Russie et la France ont scellé leur entente

Et de leur alliance échangé les anneaux.

Toulon, Paris, Lyon, escale triomphante !

Prodiguent les festins, les présents, les honneurs.

A son tour, Annecy décerne son offrande.

Russes ! Pour vous fêter éclatent ces splendeurs :

L’exemple en est venu du golfe de Finlande.

 

Amiral Avellane, ambassadeur de paix,

A vos flancs, dans sa gaine, est suspendu le glaive.

La Paix ! Puisse l’Europe écarter à jamais

La guerre et ses horreurs, que la haine soulève !

Ne les provoquez pas, belliqueux potentats !

Unis pour la défense, unis pour la victoire,

Le Russe et le Français voleraient aux combats :

Une ère de bonheur jaillirait de leur gloire.

 

 

Ephise Simond, in Poésies annéciennes : voix alpestres, Ed. chez l'auteur, 1895. Poème rédigé en octobre 1893

 

* Visite d'une escadre de marins russes à Toulon et La Seyne du 13 au 29 octobre 1893, dans le cadre du renforcement de l'alliance franco-russe.

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